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A propos de l'intégration

On nous parle de quotas, de discrimination positive, de parité, de volontarisme, on propose des chemins spécifiques et dans le même mouvement on nous stigmatise de communautarisme.
On nous amalgame diplomatiquement : beurs, Français issus de l'immigration, Français d'origine, Français rapatriés, Français musulmans, jeunes des cités...et bientôt Français des halls d'immeubles.
Certains feignent de découvrir notre présence pourtant ancienne. Pendant des décennies, on était " invisibles ", ensuite on nous a demandé d'être transparents et de raser les murs, d'être discrets, ensuite de prouver plus (France plus), d'être irréprochables et d'endosser le look du gagneur. On avance une avalanche de sous catégories marginales, du reniement, " Plus gaulois que moi, tu meurs ". Preuve que " l'intégration avance ", dit on en échos.
La confession doit commencer par les suspects que nous sommes. Invités à fouiller notre passé et nos trajectoires, nous devons nous reconnaître, trouver des similitudes.
Les valeurs humanistes existent aussi et fortement chez les non-croyants, agnostiques, les libres penseurs, les athées, objets pourtant d'anathèmes de la part des dévots.
Aujourd'hui, le silence est fait sur ceux qui sont areligieux. Le silence est aussi fait sur ceux qui n'adhèrent pas à un projet républicain tiède, à une laïcité frileuse et désuète, à ce paysage médiatique où les grands médias se défaussent sur des médias communautaires insipides et médiocres.
On nous diabolise, on nous traite avec paternalisme et si l'on refuse, on nous indique que "le victimisme", nouvelle maladie des pauvres, nous guette s'il ne nous a pas déjà envahis. Notre aphonie ne doit pas être interprétée comme une adhésion passive : elle est subie.
Et si nous nous rétractons, on ne tarde pas à nous stigmatiser, à nous suspecter de " communautarisme ". Pourquoi nous demandent-on toujours à nous, et comme par hasard au moment de nos revendications, de ne pas " tomber dans le spécifique " ? Après nous avoir ignorés, on nous convoque. Certains nous somment même de nous exprimer et surtout d'afficher notre " laïcité " pour venir au secours, lors de débats sur la religion, la mosquée, le terrorisme.
Aujourd'hui afin de mesurer et jauger notre degré ou notre coefficient " d'intégration ", on nous demande d'être motivés, de plonger corps et âme avec enthousiasme dans la " République ". De quelle République parle-t-on, jusqu'où doit plonger et comment ?
La symbiose et la fusion, voilà ce qui est exigé de nous. De notre niveau d'exigence, on oppose toujours le temps. Et si la " République " avait commencé à épuiser son capital de confiance, d'attraction, d'adhésion ?
Pouvons-nous nous mettre à la disposition du pays de nos parents sans être suspectés d'être des " traîtres ", être cadre dans un secteur sensible (nucléaire, DST...) sans être suspectés d'être des alliés potentiels des intégristes ?
Pouvons nous être des musulmans sans foi et vivre notre pensée ? Pouvons-nous critiquer, douter, refuser et dénoncer l'exclusive religieuse, l'intégrisme appelé pour lutter contre les civilités, les dévoyeurs issue de cette communauté, sans nous faire taxer de saboteurs de la communauté ?
Nous continuerons à participer à la lutte contre cette pédagogie de renoncement, à lutter contre les obscurantismes, à cultiver notre naïveté républicaine.

(11-09-07) ^