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Dossier ILAN HALIMI : un événement chasse l'autre

Nous devons, nous musulmans avoir pour but de réduire l'extrémisme religieux, de discréditer le terrorisme. Combattre le terrorisme islamique commence par dénoncer la pensée fondamentaliste, encourager la critique individuelle ainsi que l'instauration de valeurs démocratiques et le respect des droits de l'Homme dans le monde musulman. Notre groupe de réformateurs a transmis aux Nations unies un texte demandant la création d'un tribunal international chargé de juger les dignitaires religieux coupables d'incitation à la violence et au meurtre. Nous voulons  en outre durcir le ton vis-à-vis de la majorité silencieuse des musulmans et des intellectuels musulmans modérés, qui capitulent face à la pression exercée par les fondamentalistes au lieu de s'élever ouvertement contre elle. Ne sont pas visés seulement les extrémistes musulmans, mais aussi les pays européens, et en particulier la Grande-Bretagne, qui autorise les activités extrémistes au nom des droits de l'individu. L'Europe ne doit plus se montrer permissive à l'égard des extrémistes musulmans.  Les intellectuels musulmans doivent mettre fin au double langage. La majorité silencieuse doit hausser le ton contre les terroristes. Nous devons tous nous unir pour défaire l'idéologie wahhabite. Les caricatures sont venues bouleverser l'équilibre de cette relation en modifiant, au travers d'un certain type d'image, la croyance religieuse, historiquement fondée. La pauvreté ontologique de l'image caricaturale dépossédée d'historicité a attisé la haine de l'Occident dans le monde musulman. L'assassinat d'Ilan Halimi succède à la une des médias aux caricatures antimusulmanes. Il semble (soyons prudents, rappelons nous l'affaire du RER D) que la bande qui a commis les tortures et le meurtre ait cru obtenir une rançon en s'attaquant principalement à des juifs. Cela à cause du stéréotype : " juif = riche ". Le meurtre d'Ilan Halimi doit conduire à réaffirmer fortement que rien ne saurait justifier le moindre sentiment antisémite. Mais il doit aussi nous interroger de façon plus générale sur la responsabilité qu'implique la liberté d'expression. Les thèmes antisémites, et notamment celui du juif riche et usurier ont été popularisés par des caricatures qui en ont fixé l'image dans l'esprit de beaucoup. C'est l'affaire Dreyfus et le " moment antisémite " de la France entière. L'assassinat d'Ilan Halimi est, hélas, un des effets des caricatures antisémites qui ont fleurit en France et fleurissent toujours aujourd'hui dans certains pays. Il est facile de construire un stéréotype et après celui-ci à la vie dure, il prospère et ressemble à l'hydre dont les têtes repoussent toujours sitôt coupées. La fin du XIXe a vu se multiplier les caricatures haineuses : le " juif " et aussi le " jésuite ", le " franc-maçon ", le " protestant ", le " clérical ", etc. N'ajoutons pas à cela le " musulman " comme certains, à leur insu peut-être le font, emboitant leurs propos sur les stéréotypes coloniaux. Une caricature peut aussi déformer par simplification excessive, par outrance, par déformation de la réalité en jouant sur la peur ou sur la fabrication de boucs émissaires. La distinction n'est pas seulement une affaire de responsabilité morale. Elle me semble être d'abord et surtout une affaire de responsabilité intellectuelle. Une ‘bonne' caricature exige talent, rigueur et travail, pour viser juste et, ainsi, éveiller à la réflexion. Une ‘mauvaise' fige une idée reçue, contribue à un stéréotype qui trop souvent commence par la bêtise et finit par la haine. Les caricatures assénées sont sensées faire " rire " mais manifestent et entretiennent une provocation à haute dose de bêtise, où l'alibi de la liberté d'expression sert à de pseudo intellectuels pervers.  Il faut nous mettre en question pour qu'il n'y ait plus aucun Ilan Halimi. Il n'est pas encore prouvé que ce crime particulièrement horrible soit un crime essentiellement raciste. Que les auteurs de ces faits monstrueux aient vu les caricatures n'est pas prouvé, non plus. L'enquête permettra de mettre tout cela au clair, espérons-le. L'indécence des hommes politiques, prêt à nous faire un nouveau " show", celle de Le Pen et De Villiers se refaisant une virginité perdue depuis bien longtemps, l'indécence choque profondément. La course à la présidentielle leur fait perdre toute retenue. Respecter la douleur d'une famille, élucider un crime, le juger, c'est cela le plus important.

(11-09-07) ^